Sarkosy,taxe financiere: encore une mauvaise idée !

Par Kaylinaa, 06/01/2012, 10:51 (Commentaire de l'invité)
Kaylinaa
France
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(par Kenneth Rogoff, Harvard) - L'Europe est déjà dans de beaux draps, pourquoi ne pas en rajouter une couche ? Il semble que se soit le raisonnement de la Commission Européenne avec sa proposition de taxer les transactions financières – l’ultime réponse de la Commission à la croissance et aux problèmes financiers purulents de l’Europe; Sarkosy y croit : encore une mauvaise idée !

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  • Il est indéniable que l’idée d’une taxe sur les transactions financières soit intellectuellement attrayante. Les Européens ordinaires doivent payer une taxe sur la valeur ajoutée sur la plupart des biens et des services qu’ils achètent. Alors pourquoi ne pas taxer l’achat d’actions, d’obligations et de toutes sortes de dérivés ? Une telle taxe frappera les particuliers fortunés et les firmes financières plus que n’importe qui d’autre et ramènera par ailleurs de substantiels revenus.

La Commission Européenne estime en effet que sa proposition de taxer les transactions d’actions et d’obligations à 0,1%  et celles des dérivés à 0,01% devraient rapporter plus de 50 milliards d’euros. Et, cerise sur le gâteau, une taxe sur les transactions financières permettrait de juguler la spéculation sur les marchés financiers.

Si seulement c’était si simple. Bien sûr, la taxation des profits et des bonus des sociétés financières devrait être similaire à celle d’autres activités économiques. Il faut contenir l’excès de levier. Un retour aux niveaux macroéconomiques et à la stabilité financière d’avant 2007 permettrait de soutenir la croissance. Malheureusement, même si le principe d’une taxe sur les transactions financières a la préférence des observateurs économiques libéraux et des ONG Robin de bois, il n’en reste pas moins une très mauvaise approche pour parvenir à ces louables résultats.

Bien sûr, de grands penseurs économiques comme John Maynard Keynes et feu le prix Nobel James Tobin avaient formulé plusieurs propositions de taxation des transactions financières afin de réduire la volatilité économique. (La taxe Tobin ne s’appliquait spécifiquement qu’aux transactions de change.) Mais, depuis lors, de nombreux chercheurs économiques se sont penchés sur cette idée et on ne peut franchement pas dire que les résultats de leurs recherches donnent raison à cette idée.

Ce genre de taxe limite certainement la liquidité des marchés financiers. A l’évidence, moins de transactions implique moins d’informations de prix. Mais ni les théories ni les simulations ne font la preuve évidente d’une baisse de la volatilité. Et, même si l’idée d’une telle somme de revenus fiscaux récupérée grâce à une taxation si minime semble une belle et grande chose, la baisse du volume des transactions entrainerait un rétrécissement précipité de l’assiette de l’impôt. Les gains ultimes seront donc probablement décevants, ainsi que l’a découvert la Suède il y a vingt ans lorsqu’elle avait tenté de taxer les transactions financières.

Pire encore : on assisterait à long terme à un déplacement du poids de l’impôt. Des taxes sur les transactions plus élevées entrainent une augmentation du coût du capital, et donc, à terme, un ralentissement des investissements. Les stocks de capitaux étant moindres, on assisterait à une baisse de la production, entrainant dans son sillage une baisse des revenus publics, ce qui viendrait contrebalancer de manière substantielle le gain direct de cet impôt. A long terme, on constaterait une baisse des salaires et le travailleur moyen finirait par supporter une part significative du coût. Plus largement, la taxe sur les transactions financières viole le principe général de la finance publique selon lequel il est inefficace de taxer les facteurs de production intermédiaires, particulièrement ceux qui sont fortement mobiles et fluides dans leur réponse.

Tout ceci est bien connu, même si les leaders d’opinion, les hommes politiques et les philanthropes influents préfèrent l’ignorer. La Commission Européenne a surement été fortement mise en garde par le département des Affaires Fiscales du Fonds Monétaire International, dont les économistes ont largement et précisément répertorié les pours et les contres de ces principes de taxation des transactions financières. Comment alors expliquer l’entêtement de la Commission ?

L’interprétation la plus généreuse est que la Commission n’accorde aucune foi aux estimations et aux analyses des économistes et juge cette taxe plus facilement réalisable que généralement estimé (un scénario qui rappelle le débat autour de la création de l’euro.) Il est vrai que, et contrairement à ce que les analystes auraient pu imaginer, les gouvernements d’Amérique Latine, particulièrement les autorités brésiliennes, sont effectivement parvenus à collecter de substantielles rentrées fiscales par l’impôt sur les retraits bancaires (une version crue de la taxe sur les transactions financières.) Mais on ne peut pas dire par ailleurs que la croissance maintenue de l’Amérique Latine soit un argument de poids en faveur de cette approche, et la prise en compte de la perte de revenus fiscaux due à un PIB plus faible donneraient des résultats fiscaux certainement bien moins impressionnants.

Une autre éventualité serait que les Européens sont peut-être arrivés à la conclusion que les avantages politiques d’une taxe sur les transactions financières compenseraient ses défauts économiques. On peut évidemment soutenir l’argument que le principe d’une taxe sur les transactions financières recueille tellement de soutien populaire que les intérêts financiers politiquement puissants ne parviendraient pas à s’y opposer. On pourrait presque y croire, sauf que cette taxe est tellement contreproductive sur le long terme qu’il est difficile d’envisager que cela puisse être mieux que rien.

Il y a des interprétations plus cyniques des motivations de la Commission Européenne. Les responsables ont peut-être constaté que pratiquement tout est déjà lourdement imposé en Europe. Donc, il se pourrait qu’ils cherchent à créer un consensus autour de nouvelles sources de revenus plutôt que de financer les institutions de l’Union Européenne en exigeant des assiettes existantes des contributions supérieures. La Commission est aussi peut-être consciente du fait que le principe d’une taxe sur les transactions financières n’aboutira pas, en conséquence de désaccords intra-européens et veut donc tout simplement récupérer un capital politique à partir d’une proposition extrêmement populaire.

Après l’explosion de la crise financière en 2008, l’ancien directeur de la Réserve Fédérale américaine Paul Volcker avait affirmé que la seule innovation financière valable des dernières décennies était l’ATM. Et, comme le montre très bien le documentaire oscarisé Inside Job, aucune des autres personnes, dont certaines des innovations moins utiles ont entrainé la crise financière – hommes politiques, financiers, et tant d’autres – n’en a vraiment payé le prix.

La colère contre les financiers se justifie à plus d’un titre, et leur mode de fonctionnement doit réellement être modifié. Mais même si elle s’inscrit dans un noble héritage intellectuel, une taxe sur les transactions financières n’est pas la solution aux problèmes de l’Europe

 

Par Kaylinaa, 06/01/2012, 10:51
Le texte correspond à l'avis personnel de l'auteur et ne reflète pas obligatoirement l'opinion de hopee.

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